L’alternance : opportunité incroyable ou cauchemar ?

44 % des alternants rencontrent des difficultés à trouver leur entreprise d’accueil alors même que le marché de l’emploi se porte très bien. Si cette période de formation à la fois théorique et pratique présente beaucoup d’avantages, elle n’est pas pour autant dépourvue d’inconvénients. Qu’en est-il vraiment de la réalité de l’alternance ?  

Actualité bilan alternance

L’alternance est un système dans lequel des périodes de formation théorique alternent avec des périodes de travail et d’application en entreprise. Deux types de contrats sont possibles : le contrat d’apprentissage et le contrat de professionnalisation. Si elle est souvent jugée à priori très positive, les résultats de l’Observatoire de l'alternance présentés en 2024, offrent une vision de l’alternance plus complète et nuancée.

L’alternance : un modèle qui met tout le monde d’accord

Une voie royale vers le monde du travail

Fin 2023, on estime à un peu plus de 975 000 le nombre d’entrées en alternance, soit 18 000 de plus qu’en 2022. Globalement, l’alternance présente de nombreux points positifs qui la rende très attractive aux yeux des étudiants. Elle permet de réaliser une expérience professionnelle valorisante, sans faire de pause dans ses études pour autant, alliant théorie et pratique pour renforcer de multiples compétences techniques et opérationnelles. En se confrontant à des situations concrètes en entreprise, on apprend beaucoup plus rapidement, surtout en étant sous la supervision d’un tuteur. Ainsi, l’alternance garantit une entrée officielle dans le monde du travail beaucoup moins stressante. Il n’est donc pas surprenant que le taux de satisfaction de l’alternance soit globalement très élevé, autant au niveau des entreprises que des jeunes :

  • 90 % des entreprises se disent satisfaites voire très satisfaites (88 % en 2022),
  • 91 % des alternants se déclarent satisfaits voire très satisfaits (87 % en 2022).

Une réponse au monde de l’entreprise en mutation

Plus que jamais, l’alternance apparaît comme une réponse à de multiples questionnements posés par une société qui ne cesse d’évoluer et de se complexifier.

Tout d’abord, elle permet aux jeunes de répondre à deux questions essentielles qui leur sont rapidement imposées lors de leurs études supérieures : l’orientation et le pouvoir d’achat. L’alternance n’a rien d’un choix par défaut, pour 93 % des alternants, la voie choisie l’a été volontairement. 63 % des jeunes interrogés ont même privilégié l’alternance à la voie classique lors de leur orientation. Par ailleurs, depuis quelques années, le pouvoir d’achat est une préoccupation majeure, surtout pour les jeunes étudiants généralement peu aisés. Ainsi, 66 % des alternants reconnaissent une motivation financière dans le choix de cette voie.

Pour les entreprises, elle permet d’apaiser certaines tensions au sein du marché du travail. 88 % des entreprises disent avoir recours à l’alternance pour répondre à leurs besoins en compétences actuels et futurs. Les alternants leur apportent du renouveau, des compétences et une vision des choses souvent plus ouverte, ils sont généralement jeunes et ont soif d’apprendre, et ne sont pas très coûteux. 

Le marché du travail est donc porteur pour l’alternance, mais l’alternance aussi porte le marché du travail. Entre 2019 et 2022, le nombre de personnes employées a augmenté de 5,4 %, pour atteindre un taux de chômage de 7,3 % de la population active en 2023, soit son plus bas niveau depuis 1982. Dans le cas des jeunes, l’alternance a été un vrai moteur de création d’emplois avec un taux d’activité des moins de 25 ans qui atteint 42,9 % en 2023, son plus haut niveau depuis 1990. 

L’alternance : un système gagnant-gagnant ?

Le recrutement d’alternants, un process compliqué

Le nombre ne fait pas la qualité. Or, les deux partis deviennent de plus en plus exigeants. Alors même que le nombre d’alternants ne cesse d’augmenter :

  • 1 entreprise sur 2 explique qu’elle a du mal à trouver des candidats en phase avec ses attentes.
  • 44 % des alternants rencontrent des difficultés à trouver leur entreprise d’accueil.

Le manque de candidatures et la difficulté à recruter sont les premiers motifs évoqués par les entreprises qui n’ont plus recours à l’alternance. De leur côté, beaucoup d’alternants déplorent un mauvais accompagnement : 56 % d’entre eux estiment ne pas avoir été accompagnés dans leurs recherches. De plus, même une fois leur entreprise d’accueil trouvée, 22 % des alternants déclarent ne pas avoir eu de tuteur pour les aiguiller, alors même qu’il s’agit d’une obligation du Code du travail.

Des taux de rupture de contrats préoccupants

Malgré sa bonne réputation, l’alternance comporte tout de même son lot de côtés négatifs. Plus d’un alternant sur 10 est amené à rompre son contrat en 2023 (14 %). Dans 4 cas sur 10, les alternants et les employeurs reconnaissent que la rupture a été à l’initiative de l’entreprise. Selon les employeurs, dans 61 % des cas le comportement de l’alternant a été la cause de cette séparation.

Du côté des alternants, ils parlent surtout de pression constante et d’un rythme très intense. Dès le recrutement, les entreprises ont tendance à évaluer les alternants selon les mêmes critères que les professionnels expérimentés, les obligeant ainsi à endosser une lourde responsabilité. D’autant plus que la prise de poste dans l’entreprise peut-être très déroutante pour les alternants qui se confrontent à des décisions concrètes à prendre, parfois loin de leur formation théorique. 58 % des alternants expliquent éprouver des difficultés à transférer leurs acquis de formation en entreprise.

Même lorsque l’entreprise ne cherche pas un salarié expérimenté et guide correctement l’alternant dans ses premiers pas au sein de monde du travail, une des plus grandes difficultés pour lui réside dans le fait de jongler entre travail et études, sans totalement s’épuiser ou dire adieu à toute vie sociale. Il faut apprendre à beaucoup anticiper, être sur plusieurs fronts en même temps et accepter de passer de plusieurs mois de vacances à seulement 5 semaines. Ainsi, si seulement 10 % des alternants trouvent le rythme « trop » intense, ils sont tout de même 54 % à le trouver « assez » intense.. 55 % d’entre eux avouent avoir des difficultés à concilier formation et travail.

Le problème des soft skills

Le monde du travail a valorisé pendant longtemps la maitrise des compétences techniques, dites les hard skills. Aujourd’hui les soft skills se sont imposées comme des compétences nécessaire et porteuses d’avenir. Il s’agit de qualités interpersonnelles qui influencent la façon dont une personne interagit avec les autres et gère son travail, par exemple le leadership ou l'adaptabilité. Elles sont désormais très recherchées lors des recrutements et font souvent la différence à niveau de diplôme égal.

Or, si 85 % des alternants et 72 % des employeurs jugent que l’alternance forme plutôt voire très bien aux compétences techniques, c’est moins le cas pour les soft skills : 77 % des alternants et 64 % seulement des employeurs jugent la formation de qualité. Cela s’explique par le fait que l’apprentissage de ces compétences est nettement plus long et nécessite une approche pédagogique spécifique.

 

De ce bilan, on peut retenir que l’alternance ne devient pas de plus en plus populaire sans raisons, elle comporte beaucoup de points positifs aussi bien pour l’alternant, que pour l’entreprise et pour le marché du travail lui-même. Elle s’inscrit dans une logique de développement des compétences pour l’alternant et de productivité pour l’entreprise. Seulement, cette vision positive ne doit pas cacher les réalités plus compliquées de l’alternance. Il reste des points d’amélioration, notamment en ce qui concerne la pression forte et le manque d’accompagnement que subissent les alternants. Il est important d’avoir ces points bien en tête et de se montrer vigilant, qu’on soit alternant ou employeur. Dans tous les cas, vous pouvez compter sur l’aide de notre pôle alternance, IGENSIA Alternance. Spécialisé depuis 40 ans dans l'enseignement des métiers du tertiaire, avec une approche pédagogique en constante évolution, il œuvre, à l’aide d’un réseau de plus de 10 000 entreprises partenaires, pour répondre à vos attentes et à vos besoins. 
 

Rédactrice : Clotilde Chevalier 
Direction Communication Groupe IGENSIA Education 
 

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