Le télétravail et les Français : clichés vs réalité

Quand on voit l’engouement que provoque aujourd’hui le télétravail, il est difficile de s’imaginer qu’il n’y a même pas 5 ans, ce mode de travail était très largement minoritaire. Aujourd’hui, le télétravail est devenu un critère dans la recherche d’emploi, et il est présenté comme une des plus grandes révolutions survenues dans les modes de travail de ces dernières années. Mais le télétravail est-il réellement la transformation du monde du travail que l’on nous a annoncée ? Comment a-t-il altéré nos modes de fonctionnements et, plus largement, nos vies ? Le Groupe IGS vous aide à faire le point sur la réalité du télétravail et ses impacts sur la vie des Français.

Actualité télétravail

Des Français plus attachés au présentiel qu’on ne le pense 

À travers le monde les Français n’ont pas la réputation d’être les plus engagés dans leur vie professionnelle, ni d’attacher une importance significative au travail. Pour autant, d’après l’étude « EY Work Reimagined », publiée par EY en octobre 2023, la France reste très attachée au travail en présentiel… parfois même plus que le reste du monde.

En effet, si les salariés français sont plus enclins à souhaiter au moins un jour de télétravail par semaine par rapport aux salariés du reste du monde (31 % VS 51 %), ils sont bien moins à désirer le télétravail 5 jours sur 5 (13 % VS 34 %). Ainsi, 58 % des salariés français souhaiteraient avoir 2 à 3 jours de télétravail par semaine, mais très peu sont intéressés par un télétravail complet… Ce qui donne une moyenne d’un 1,4 jour de télétravail souhaité par semaine.

Cela veut-il dire que les Français ont environ entre 1 ou 2 jours de télétravail ? Pas du tout ! En effet, les salariés sont rarement ceux qui ont le dernier mot sur les questions de télétravail et les employeurs français sont plutôt frileux sur la question. Ainsi, en 2023, le nombre moyen de jours de télétravail par semaine en France est de 0,6, bien loin d’une présence majoritaire et écrasante !

Des Français partagés sur la question

Des disparités en fonction de critères socio-économiques

Le télétravail s’inscrit aussi dans une logique de choc des générations. Relativement récent, il a été rapidement intégré par les jeunes générations comme logique et naturel, alors que leurs parents ou leurs ainés le voient comme quelque chose de nouveau et donc encore peu ancré dans leurs pratiques. Ainsi, selon la même étude : 

  • Seulement 4 % des salariés de la Gen Z préfèrent travailler en 100% présentiel ;
  • 20 % des Millennials ;
  • 23 % de la Génération X ;
  • 38 % des Baby-boomers.

À l’âge, s’ajoute la profession. Certaines demandent une présence sur place et ne permettent pas la mise en place de télétravail, ainsi seulement 12 % des télétravailleurs sont ouvriers.

Les femmes et le télétravail

De la même manière, les hommes et les femmes ne sont pas tout à fait égaux en termes de télétravail, mais là encore les résultats sont plutôt surprenants. En effet, la logique voudrait que les femmes aient tendance à avoir plus de télétravail que les hommes, comme le souligne notamment Gabrielle Schütz dans son enquête Le travail à distance. Bien que les normes évoluent, les femmes restent majoritairement celles qui portent le plus de charge mentale et accomplissent la majeure partie du travail domestique. Par conséquent, il leur est parfois plus difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle et la proximité de leur lieu de travail et de leur logement constitue ainsi un critère déterminant dans leur recherche d’emploi. Le télétravail apparaît alors particulièrement attractif, autant pour la prise en charge de l’organisation familiale que pour le temps de transport.

Les chiffres devraient ainsi être clairs, pour autant, ce n’est pas ce que montre le Baromètre LinkedIn de l’emploi. En effet, sur les 29 millions de profils en France, 79 % des femmes sur LinkedIn ont indiqué occuper un poste en présentiel, contre 68 % des hommes. Bien que les chiffres varient beaucoup d’un secteur d’activité à un autre, cet écart se retrouve dans tous les secteurs, toutes les classes d’âge et pour tous les niveaux de poste. Les hommes ont toujours tendance à occuper plus souvent des emplois à distance ou hybrides, entre bureau et domicile. Pourquoi cet écart ?

  • Les femmes occupent globalement des emplois moins qualifiés que les hommes et sont plus souvent sur le terrain. Ainsi, 66 % des professionnels remplissant un poste à responsabilité en France sont des hommes. Or, plus on est haut dans la hiérarchie, plus on peut prendre ses propres décisions et plus le télétravail devient facile à mettre en place. Surtout qu’il s’agit bien souvent de professions plus intellectuelles que physiques.
  • Les femmes ont plus tendance à se sentir illégitime et à vouloir prouver qu’elles méritent leur place. Qu’elles occupent des postes à forte responsabilité ou pas, venir au travail et manager directement ses équipes peuvent être des manières de prouver leur implication, leur engagement et leur sérieux. Ce syndrome de l’imposteur est présent à tous les niveaux hiérarchiques, mais est encore plus marqué chez les postes juniors avec 72,5 % d’emplois en présentiel pour les hommes et 84,8 % pour les femmes.
  • Les femmes ont de moins bonnes conditions pour travailler chez elles. 65 % des femmes disposent d’un environnement matériel adapté au distanciel, contre 71 % des hommes. De plus, d’après un rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes 37 % des femmes travaillant à distance consacrent au moins deux heures de leur journée aux tâches domestiques.

L’arrivée de nouveaux défis

Si l’impact du télétravail reste mesuré et partagé, cela veut-il dire pour autant qu’il n’en a aucun ? Absolument pas ! Il reste l’une des révolutions majeures de ces dernières années et semble s’être installé durablement, posant de multiples nouveaux questionnements.

Un nouveau paramètre dans l’équilibre entre perso et pro

Avec l’arrivée du télétravail, la ligne entre la vie personnelle et la vie professionnelle se brouille de plus en plus. En effet, parmi les grands paradoxes des Français, on trouve la place qu’occupe le travail dans leur vie. Entre 1999 et 2018, plus de 60 % des Français déclaraient ainsi que le travail était très important dans leur vie, néanmoins, ils expliquaient aussi vouloir que ce même travail prenne moins de place. Cela est assez représentatif d’un problème d’équilibre entre vie pro et vie perso au centre même de la relation entre les Français et l’emploi. Ainsi, pour 27 % des salariés, cet équilibre est le premier facteur susceptible de baisser leur productivité en présentiel. Il est d’ailleurs le second critère de réussite professionnelle des 16-45 ans. Or, l’arrivé du télétravail complexifie encore cette relation.

En juillet 2023, Stanford a publié un rapport, The evolution of working from home, qui révèle que 63 % des femmes et 55 % des hommes déclarent être productifs en travaillant à domicile. Dans les faits, nous aurions une baisse de productivité de l’ordre de 10 à 20 % en travaillant chez nous. Cela viendrait principalement de la discipline et de la maîtrise de soi, bien moindre dans un environnement où faire des activités non-professionnelles est facile, mais aussi pour de problèmes de communication et de coordination du travail.

Une complexification des relations sociales

Le télétravail rend les relations humaines plus difficiles. Tout d’abord, parce qu’il peut être parfois très compliqué de travailler dans de bonnes conditions quand on est entouré de sa famille, notamment des enfants. Mais aussi parce que le travail est aussi un lieu de sociabilité et que s’en priver peut générer de la solitude et de l’isolement, ce qui peut considérablement affecter la motivation et le bien-être. Une nouvelle fois, tout est une question d’équilibre et quand ce dernier est rompu, c’est toute une organisation qui peut être mise à mal. Il faut donc se poser les bonnes questions et mettre en place ensemble des solutions efficaces pour le maintenir. Les locaux de l’entreprise sont désormais devenus un espace de socialisation essentiel et la première raison pour les salariés de venir au bureau.

Des enjeux juridiques et fiscaux inédits

Qui dit nouveau mode de travail, dit nouveaux enjeux juridiques et fiscaux :

  1. Sécurité et prévention des accidents du travail : avec le prolongement de la zone de travail permise, vient celui de la sécurité, bien plus difficile à garantir. Si les questions juridiques ne sont pas abordées à temps, celle de la responsabilité risque de se poser rapidement en cas d'accidents du travail survenant à domicile. 
  2. Taxes et compliance : les employés en télétravail peuvent travailler à partir de différentes juridictions, ce qui peut compliquer la détermination de l'impôt sur le revenu et des obligations fiscales. Cela peut entraîner des défis juridiques liés à la conformité fiscale, à la sécurité sociale, et au respect des lois locales du travail.
  3. Cybersécurité et protection des données personnelles : pour tous les métiers qui requièrent des ordinateurs et des connexions à des serveurs, le télétravail peut poser un problème car il entraîne souvent l'utilisation d'appareils électroniques et de réseaux personnels. Des politiques de sécurité informatique strictes doivent être mises en place pour protéger les données de l'entreprise et la vie privée des employés et éviter qu’une violation se produise.

Ce sont des défis que les entreprises peuvent facilement relever avec de l’organisation, la consultation d’experts fiscaux, et la mise en place de formations et des mesures de sécurité, cependant ces risques sont relativement peu pris en compte. Les employeurs inscrivent le télétravail dans la continuité du travail sans faire d’adaptations particulières. Ils sont seulement 14 % à les considérer ces éléments comme une priorité.

 

Si de nombreux clichés circulent sur le télétravail et l’impact qu’il a eu sur les travailleurs français, certains doivent être nuancés. Si l’impact est bien là, il n’est pas aussi majeur que l’on pourrait le penser à première vue et il est loin de nous toucher tous équitablement. Tout dépend des critères socio-économique et, là encore, ceux qui priment peuvent être surprenants. Ce qui est sûr, c’est que le télétravail a modifié, peut-être à jamais, nos modes de fonctionnements professionnels et qu’il est parfois difficile de comprendre la portée de ces changements. Il est important d’être vigilant et de mettre en place le plus rapidement possible les aménagements qui s’imposent, pour apprivoiser au mieux ce nouveau phénomène et en tirer tout le positif possible. 

 

Rédactrice : Clotilde Chevalier 
Direction Communication Groupe IGS 

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